Notre
pirate québécois : Pierre Le Moyne d’Iberville
Baptisé à Ville-Marie le 20 juillet 1661, Pierre Le
Moyne d’Iberville est le troisième des onze garçons et deux filles nés du
mariage de Catherine Thierry-Primot et du marchand montréalais Charles Le Moyne
de Longueuil. Iberville était assez instruit pour maîtriser une plume alerte et
incisive, assez éduqué pour être à l’aise avec le roi et ses ministres et assez
rusé pour jouer de cruauté et de générosité. S’il avait été gouverneur de la
Nouvelle-France et si la mort ne l’avait pas fauché à l’âge de 45 ans dans
l’île de Cuba, l’Amérique du Nord aurait peut-être été française…[1]
Les premières armes
Pierre Le Moyne d’Iberville est né à une époque où il fallait combattre
pour survivre en Nouvelle-France. Située à la jonction des voies de
communication conduisant vers les Grands Lacs et la baie d’Hudson, l’île de
Montréal est, depuis sa fondation en 1642, en butte à la guérilla iroquoise.
Ville-Marie est au cœur du commerce des pelleteries et ses marchands y trouvent
la prospérité. Parti de rien et anobli en 1668, son père Charles Le Moyne est
l’un des pionniers les plus riches et les plus influents de la ville naissante.
Associé dans quelques compagnies de traite, il participe, en 1682, à la
création de la Compagnie du Nord ou Compagnie française de la Baie d’Hudson.
En 1685, les investissements de la Compagnie du Nord à la baie d’Hudson
sont en péril, mais la compagnie obtient l’appui du gouverneur Jacques-René de
Brisay, marquis de Denonville. Elle peut dès lors financer l’expédition de 1686
à la baie d’Hudson à laquelle participent trois des fils de Charles Le Moyne de
Longueuil : Pierre Le Moyne d’Iberville, Jacques Le Moyne de Sainte-Hélène et
Paul Le Moyne de Maricourt. Cette campagne éclair donne aux Français le
contrôle sur trois postes de traite situés au sud de la baie James : Monsoni
(Moose Factory), Rupert (Charles) et Quichichouane (Albany).
L’homme de la baie d’Hudson
Pierre Le Moyne d’Iberville a 25 ans lorsque, le 10 août 1686, le
chevalier Pierre de Troyes lui confie le commandement des postes qui viennent
de tomber. Jouant les flibustiers aux alentours de la rivière Nelson, il
s’empare de deux navires anglais. Ces prises lui permettent d’échapper à la
famine et d’approvisionner le fort Monsoni. Quand il rentre à Québec par la
mer, à la fin d’octobre 1687, le bâtiment qu’il conduit est chargé à ras bord
de fourrures et de marchandises anglaises.
Séjournant en France au cours de l’hiver 1687-1688, il réussit à
convaincre Versailles de soutenir la Compagnie française de la baie d’Hudson et
d’assurer ainsi le renforcement de la position française au nord. Ses arguments
portent. Le roi lui confie Le Soleil d’Afrique, le plus moderne et le plus
rapide de ses navires. Le 3 août, après un détour par Québec, le navire fend
les glaces de la baie d’Hudson.
De là, Iberville demande qu’on lui permette de s’emparer du fort York,
ce qui fermerait aux Anglais l’accès à la rivière Nelson et aux territoires du
Manitoba actuel. Avec moins de 20 hommes, il arraisonne deux navires, capture
près de 80 Anglais et s’assure que le pavillon du roi flotte au-dessus des
forts de la baie James. Le 12 septembre 1689, conduisant un vaisseau armé de 24
canons qu’il a chargé de milliers de peaux de castor, il met le cap sur Québec.
Justicier et corsaire
Pour Iberville la présence des Anglais au fort Nelson laisse présager la
perte de la Nouvelle-France. Il ébauche un plan simple et peu coûteux pour
sauver définitivement la colonie. Trois événements en diffèrent l’exécution. La
suspension des hostilités entre la France et l’Angleterre, négociée en 1687, a
pris fin au mois de mai 1689. Les répercussions du conflit européen ont frappé
la région de Montréal où, le 5 août 1689, des habitants de Lachine ont été
attaqués et massacrés. Enfin, le gouverneur Frontenac organise une riposte à
laquelle Iberville participe avec enthousiasme. Le 18 février 1690, l’attaque
de Corlaer (Schenectady, New York) se solde par le pillage, l’incendie et le
massacre d’une soixantaine de ses habitants.
L’année suivante, on lui confie la patrouille de l’Atlantique, du Maine
à Terre-Neuve. Le 15 août 1696, il nourrit sa légende en s’emparant du fort
William Henry à Pemaquid, sur la côte du Maine.
Rapide, il se dirige ensuite vers Terre-Neuve. Là, avec moins de 200 hommes, il
prend le fort Saint-Jean avant d’assujettir Terre-Neuve à coup d’expéditions
meurtrières. Il ne savoure pas longtemps sa victoire puisqu’il reçoit l’ordre
de filer vers la baie d’Hudson où les forts ont été repris. Le 5 septembre
1697, Le Pélican, en tête d’un convoi qui compte quatre navires, subit une
attaque en règle. Iberville coule un premier navire, s’empare d’un autre et met
le troisième en déroute.
Quand les renforts arrivent, la bataille est déjà finie !
Vers la Louisiane
Contraint de porter son regard vers d’autres horizons, mais toujours
hanté par le désir de donner l’Amérique du Nord à la France, Iberville plaide
en faveur de l’établissement d’une colonie française à l’embouchure du
Mississippi : « Si la France ne se saisit pas de cette partie de l’Amérique qui
est la plus belle, pour avoir une colonie [...] la colonie anglaise qui devient
très considérable s’augmentera de manière que, dans moins de cent années, elle
sera assez forte pour se saisir de toute l’Amérique et en chasser toutes les
autres nations. » Son plan : étrangler les colonies de la Nouvelle-Angleterre
entre le Canada au nord, le golfe du Mexique et la Louisiane au sud et le
fleuve Mississippi à l’ouest.
Le 2 mars 1699, il réussit là où Robert Cavelier de La Salle a échoué :
il trouve, par voie de mer, l’embouchure du Mississippi. Trois expéditions
successives, en 1699, 1700 et 1701, lui permettent de construire les forts
Maurepas (Biloxi), Mississippi et Saint-Louis (Mobile). En 1702, ayant noué des
liens de confiance avec les autochtones, le commandant général de la Louisiane
s’éloignait de cette colonie pour ne plus y revenir.
La mort du général Dom Pedro Berbila
Au début de l’année 1706, Iberville sème la terreur dans les Antilles
anglaises. Il terrorise, pille et neutralise l’île de Nevis, faisant craindre
le pire aux établissements de la Nouvelle-Angleterre. Peu après, il fait escale
à La Havane où il s’est rendu pour, croit-on, vendre du fer français. Il y
meurt à bord du Juste, le 9 juillet 1706, terrassé par une maladie épidémique ou par les
fièvres qui le minaient depuis 1701.
Les restes de celui que les registres d’inhumation désignent sous le nom
de « El General Dom Pedro Berbila » ont été déposés dans
l’église de San Cristobal, à La Havane. Il avait 45 ans. L’enquête qui avait
débuté peu de temps avant sa mort permit d’établir que sa rage de conquérir
avait été dictée en partie par des intérêts financiers personnels.
Questions : /35
1- Remplis un
tableau semblable dans ton cahier. /6
Année :
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Ce qu’il a fait
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1686
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1688
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1690
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Le 5 septembre 1697
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Le 2 mars 1699
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1702
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2- Énumère trois gains qu’il a faits aux mains
des Anglais en inscrivant la date. /6
3- Avait-il la
confiance du Roi? Oui, non et donne une preuve du texte. /3
4- Iberville
aimait-il se battre? Oui, non et donne deux preuves du texte. /10
5- Pierre
Lemoyne d’Iberville est-il un héros ou un vulgaire pirate? Donne ton point de
vue en l’appuyant sur des extraits du texte. /10
Venez me voir pour être corrigés.
[1] http://www.museedelhistoire.ca/musee-virtuel-de-la-nouvelle-france/les-explorateurs/pierre-le-moyne-diberville-1686-1702/